Hommage à bell hooks en guise de billet de nouvelle année

Le 15 décembre dernier, bell hooks, de son vrai nom Gloria Jean Watkins, mourait à l’âge de 69 ans, à Berea dans le Kentucky. Pourquoi ai-je envie de partager son souvenir en ces jours de changement d’année ?

Peut-être d’abord, par curiosité pour cette femme qui a imposé que son nom de plume s’écrive sans majuscules, pour être bien claire que ce qui est important, ce n’est pas sa personne, mais le fond de sa pensée, le contenu de ses écrits.

Pourtant, quel personnage ! Quel destin !

Elle grandit dans une famille nombreuse et modeste, avec un père concierge et une mère au foyer. Elle fréquente d’abord l’école publique « réservée » aux noirs, dans ces années 60s encore plongées dans la ségrégation raciale, avant de devenir diplômée de l’université de Stanford. Elle enseigne la littérature en Californie, où elle publie sa thèse sur Toni Morrison, romancière et première autrice afro-américaine à obtenir le Prix Nobel de littérature en 1993. Elle commence, elle aussi, à écrire, de la poésie d’abord, puis des essais, et même des livres pour enfants.

Mais c’est effectivement sa pensée féministe qui est révolutionnaire. En effet, elle met en évidence les limites des mouvements féministes qui se focalisent sur les discriminations vécues par les femmes blanches, occidentales, aisées. De la même façon, alors que Martin Luther King est assassiné alors qu’elle a 15 ans, des femmes noires subissent le sexisme de ceux-là même qui revendiquent contre la discrimination raciale. Et bell hooks ajoute une troisième dimension : la ségrégation selon les origines ou la classe sociale.

D’une part, elle pointe les effets cumulatifs des sources de discrimination mais aussi elle analyse les ressorts de ces différents mouvements d’émancipation, leur aspect catégoriel qui de facto limite leur portée. Nous sommes tous le « noir » ou le « blanc » de quelqu’un d’autre. Elle interroge les rapports de domination, au fond. Je ne peux que vous inviter son essai « De la marge au centre, théorie féministe », paru en 1984 aux Etats-Unis, très en avance sur son temps, et traduit en français en… 2017 (aux éditions Cambourakis) !

Maintenant, quel rapport avec Issy-les-Moulineaux et notre vie municipale ?

D’abord, une coïncidence de dates :

Au moment de sa mort, le conseil municipal examinait, comme chaque année en décembre, le rapport « Égalité Hommes Femmes ». Examen de routine, sans aspérités, sans relief. Est-ce à dire que tout va bien ? Ou, parce que je suis dans l’opposition, que tout va mal ? Ne pourrait on pas aussi élever le débat, comme nous y invite bell hooks ?

Depuis quelques années, de grandes évolutions ont eu lieu. Des outils d’alerte (numéros d’appels, centres d’accueil) ont été mis en place, des formations à l’écoute et la prise en charge des femmes en souffrance sont déployées. Ce pas étant fait, il serait opportun de mesurer désormais l’usage de ces outils et leur mise en œuvre partout.

D’autre part, de plus en plus de femmes ont le courage de prendre la parole et dénoncer les agressions ou comportements sexistes dont elles sont victimes ou témoins. Et c’est certainement sur ce point que la pensée de bell hooks m’interpelle. Regardons à deux fois, qui a ce courage… ou cette possibilité. Il faut définitivement un énorme courage et force de caractère pour oser exprimer cette douleur, cette souffrance. Mais n’y a t-il pas un peu quelque chose qui ressemble à la «  femme blanche, occidentale, aisée » qui a suffisamment d’assurance, de soutiens, de pouvoir. C’est génial que ces femmes se sentent désormais suffisamment fortes et en capacité de prendre la parole. Mais n’oublions pas le message de bell hooks : Comment cela se passe t-il pour celles et ceux, victimes de discriminations, qui n’ont pas en main cette première carte qui permet de relever la tête ?

Pour eux, comme pour vous toutes et tous, bonne année 2022 !

Didier Vernet, conseil municipal du Collectif Écolo & Social

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