La ville du quart d’heure s’adresse-t-elle à toutes et tous ?  

Source : Compte twitter de Carlos Moreno @CarlosMorenoF

Le lundi 20 septembre 2021 s’est tenue à l’hôtel de ville une conférence intitulée « Comment parvenir à la ville du quart d’heure », organisée dans le cadre de l’initiative Conversations Citoyennes d’Issy. L’invité, Carlos Moreno, professeur à Paris 1 et directeur de la chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation,  a déroulé pendant un peu plus d’une heure une présentation au léger parfum de business school pour décrire sa vision du modèle d’urbanisme de « la ville du quart d’heure ». Pour faire simple, il s’agit de lutter contre l’étalement urbain et la saturation des réseaux liée aux trajets forcés domicile-travail. De façon éloquente, M. Moreno nous rappelle que 70% des franciliens convergent tous les jours à l’heure de pointe vers 7% du territoire, et qu’en dehors de ces horaires de très nombreux bâtiments commerciaux sont inutilisés. Face à cette hypercentralisation, le modèle de la ville du quart d’heure vise à créer une métropole multipolaire où quasiment tous les services sont à proximité immédiate des habitants (entre 10 et 20 minutes), avec plus généralement une réflexion sur le partage du temps et de l’espace public (espaces publics intercalés dans les grands projets immobiliers, stations de coworking, système de péréquation pour soutenir les commerces de proximité).

Il est évident qu’une telle proposition parait séduisante par bien des aspects, notamment pour les urbains aisés qui aspirent à un mode de vie plus apaisé dans les grandes villes à la suite de la pandémie de Covid19. Cependant, M. Moreno, affichant son carnet d’adresse impressionnant (allant de maires de capitales européennes à des PDG de multinationales), ne semble pas avoir pris toute la mesure de la fracture sociale qui traverse la région parisienne aujourd’hui. À titre d’illustration, après avoir mis en scène son amitié avec M. Santini, M. Moreno a félicité chaleureusement ce dernier pour le projet Issy Cœur de Ville sur l’ancien site du CNET, plaçant ainsi cette initiative dans le cadre de la ville du quart d’heure. Malheureusement, vu les prix astronomiques des appartements mis en vente (autour de 14 000 € du m2), on peut se demander si la ville du quart d’heure de M. Moreno ne s’adresse pas surtout à l’élite urbaine. Même en étant cadre ou profession libérale, le Cœur de Ville d’Issy semble hors de portée financière, en tous cas en début de carrière. La Municipalité nous objecterait sûrement que le projet comportera 156 logements sociaux sur 627, soit 25%, ce qui est certes conforme à la loi SRU, mais toutefois insuffisant au regard de la crise du logement (voir ce récent article du Monde, ou celui-ci pour les non-abonnés). A ce positionnement plus que premium des logements mis sur le marché s’ajoutent les 40 000m2 de bureaux du projet, plutôt destinés à de grandes entreprises qui ne seront pas forcément les acteurs les mieux placés pour construire ce village urbain presque idyllique décrit par le professeur Moreno. Quand on songe aux milliers de travailleurs de la première ligne tant vantés pendant le premier confinement (livreurs, ouvriers, femmes et hommes de ménage …) qui passent souvent plus de trois heures par jour dans les transports pour rejoindre le centre parisien, le modèle de la ville du quart d’heure apparait comme une forme d’utopie. Ainsi, la vision de M. Moreno, séduisante pour les plus favorisés, ne traite pas directement les problèmes majeurs que sont la pénurie de logements et l’inaccessibilité du foncier, particulièrement marqués en Île-de-France.

Sur le volet environnemental, M. Moreno propose une vision compatible avec le développement durable et la croissance verte (concepts aujourd’hui largement décriés), notamment en rappelant l’importance de la production de valeur et de la compétitivité des entreprises. Sans surprise, il marque ses distances avec des élus écologistes comme le nouveau maire de Bordeaux, souligne sa proximité avec M. Juppé, et affiche son opposition à la fiscalité verte. La neutralité carbone, si elle est évoquée, reste un souhait lointain, et on se demande bien comment le grand chambardement urbain proposé va réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Vous l’aurez compris, cette conférence ne s’est pas vraiment inscrite dans le cadre de l’écologie sociale chère à notre Collectif. Cependant, il faut tout de même saluer son organisation, car la vision de M. Moreno, si elle est n’est pas tout à fait révolutionnaire, reste plus enthousiasmante que la politique de bétonisation actuelle, qui laisse peu de place aux espaces partagés et non minéralisés. En rappelant l’importance du cadre de vie, un petit pas est fait dans la bonne direction. La Municipalité va-t-elle infléchir sa politique de bétonisation à marche forcée, penser le cadre de vie et lutter contre les prix prohibitifs des appartements ? Rien n’est moins sûr, connaissant les méthodes de M. Santini, déjà aux manettes depuis un certain temps, on peut craindre qu’il ne se contente d’une étiquette « Issy ville du quart d’heure », qui viendrait s’ajouter à la liste de labels et certificats en tout genre dont bénéficie déjà notre commune.

Le Collectif Écolo & Social d’Issy

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