Les enfants sortent de moins en moins. L’espace public depuis les rues du quartier jusqu’aux espaces naturels se vide des enfants. L’extérieur libre a été remplacé par des endroits clos et plus particulièrement par l’intérieur privé.
En quelques années le temps à l’extérieur est passé de 4 heures à 45 minutes par jour. L’extérieur fait peur. En 1970, 85% des enfants allaient seuls à l’école. Aujourd’hui ce sont moins de 10% d’entre eux qui rejoignent seuls leur école.
Or le processus d’enfermement renforce inévitablement la sédentarité, l’isolement et aussi le temps sur les réseaux sociaux.
L’extérieur est devenu symbole de danger, à commencer par son propre quartier. Le présupposé danger de l’extérieur a été remplacé par une discutable sécurité de l’intérieur.
Lutter contre l’enfermement est un enjeu de santé mentale.
Le monde numérique avec tous ses dangers et donc ses nouveaux défis en termes d’éducation est en train de prendre le dessus sur le monde réel dans le quotidien des enfants. L’interdiction simple n’est pas la seule solution. L’attrait de l’extérieur pour concurrencer ce monde virtuel est un enjeu majeur de santé mentale et d’éducation.
La ville doit être repensée pour accueillir les enfants dans ses rues, ses quartiers, ses parcs. Une ville pensée à hauteur des enfants est une ville meilleure pour tout le monde.
Sortir, ça fait du bien pour tout le monde.
Le danger de la rue peut être contré en repensant la circulation des véhicules à moteur, en commençant par la limitation à 30km/h généralisée qui a fait ses preuves en termes d’accidentologie.
L’instauration des rues aux écoles, avec l’interdiction de la circulation automobile aux abords des écoles aux horaires d’entrée et de sortie, voire la piétonisation de ces rues, est une invitation à peu à peu laisser les enfants à rejoindre l’école seuls. Le bon maillage sur notre ville des 22 maternelles et des 18 élémentaires à moins de 1km du domicile et des 5 collèges à moins de 20 minutes à pied rend totalement faisable cet accès piéton en toute sécurité pour les enfants.
Les rues et les trottoirs sont pensés pour les adultes et laissent peu de places aux jeux, limités à des aires de jeux grillagées dédiées aux enfants sans cohabitation avec les adultes. Or, intégrer les espaces de jeux à la rue ou à la place invite les enfants à explorer leur quartier sous la surveillance bienveillante des riverains et à acquérir peu à peu leur autonomie. Car les enfants s’engagent dans le jeu plus longtemps et intensivement à l’extérieur qu’à l’intérieur, chaque coin de rues doit devenir une aire de jeux.
L’extérieur est une invitation aux jeux, à la créativité, à la mobilité, à la socialisation.
Prenons l’exemple de Lyon et du réaménagement de la place Quinet. Aux termes d’une co-construction avec les riverains dont les enfants, ont été installés de grandes tablées de partage des instants de repas ou encore de jeux de société intégrés, des gradins ou bancs pour se reposer ou encore partager un coin de lecture propice aux partages et échanges culturels pour tous les âges. Redessiner les places publiques c’est aussi créer des espaces intergénérationnels en luttant contre les préjugés touchant les séniors, en favorisant la cohésion sociale, la transmission de valeurs et d’expériences, et en luttant contre l’isolement.
Développons également le modèle du café aux enfants « Au Moulin des Minots » du quartier Sainte-Lucie sur tous les quartiers d’Issy-les-Moulineaux.
L’espace public est un bien commun à réinvestir.
Rappelons que l’espace public est un bien commun qu’il convient de réinvestir par des initiatives non motorisées et collectives pour qu’ils jouent pleinement leur rôle de bien commun et ne soient pas confisqués par des usages abusifs et une privatisation rampante. Les espaces publics favorisent les interactions sociales, source de cohésion sociale et de sentiment d’appartenance. L’école peut contribuer à l’apprentissage par les plus jeunes de cet espace public, par exemple avec des balades pédagogiques ou encore la classe dehors. La municipalité se doit de favoriser et d’accompagner efficacement le dispositif de classe dehors. La classe dehors c’est à la fois la classe et la rencontre du quartier et de la nature. Compter, lire, réciter des poésies, écrire, pratiquer des activités physiques et des arts plastiques, chanter, jouer sont des activités compatibles avec l’extérieur.
Le temps passé dans les espaces publics et la nature est crucial pour le développement physique, cognitif, affectif et social.
Il est urgent de contrer les mouvements « no kids » qui voient le jour. Partageons et habitons l’espace public. Le collectif – voisinage, commerçants, services publiques, police de proximité – peut veiller aux enfants du quartier. L’éducation est l’affaire de tous, c’est la base du contrat social qui fait société.
Ensemble faisons d’Issy-les-Moulineaux une ville apportée aux enfants.
Références
(*) Rapport du HCFEA « Quelle place pour les enfants dans les espaces publics et la nature ? »
(**) Site LaClasseDehors